Feyzin : ça sent le roussi…

Feyzin : ça sent le roussi…

Ce vendredi 25 novembre, Olivier Andries annonçait aux élus du Comité Groupe :

« On ne peut pas continuer
le projet de 4ème usine

[de carbone] en France. »

Si vous avez manqué les premiers épisodes …

2019 – E. Macron, entouré de Ph. Petitcollin, Gérard Collomb, alors Maire de Lyon, et des collègues de Villeurbanne, annonçait que la 4ème usine de carbone se construirait à Feyzin (69).L’investissement de 250 M€ devait être largement soutenu par la puissance publique (c’est à dire nous, les contribuables) :

  • 10 M€ par la Métropole Grand Lyon,
  • 8 M€ par l’Etat,
  • 8 M€ par la région.

2020 – Les écologistes prennent la Mairie de Lyon et donc la présidence de la Métropole Grand Lyon.
La stratégie de développement de la ville est remise en cause :
« La course aux implantations [d’entreprises] oblige à recruter des bras et des cerveaux ailleurs, si bien qu’elle génère une circulation accrue, plus de pollution et des tensions sur le marché du logement, sans pour autant faire baisser le taux de chômage ou de pauvreté. »
Une nouvelle politique se dessine, indexée sur les préoccupations environnementales et sociales de la nouvelle équipe.
Autant dire que le projet de production de milliers de tonnes de carbone par combustion de gaz rentre moins bien dans le paysage …

2022 – la guerre en Ukraine
Cette guerre a révélé la dépendance de l’Europe face à un fournisseur, la Russie, pas toujours bienveillant. Le prix du gaz, même si il a décru ces dernière semaines, reste hors de contrôle.

Le 12 octobre dernier, dans notre excellente Newsletter n°189nous vous rapportions les propos d’O. Andries (février 2022) et C. Goubet (06/10/22) sur leurs doutes concernant la faisabilité du projet (lire : La flambée des prix de gaz pourrait remettre en cause le projet d’usine de Safran près de Lyon).

Une logique financière ?
Alors que l’Allemagne vient de signer avec le Qatar un contrat sécurisant 2M de tonnes de GNL par an de 2026 à 2041, Safran ne semble pas confiant dans sa capacité à acheter du gaz à un prix sécurisé sur le long terme.
On comprend qu’une solution serait d’aller consommer du gaz là où il est produit et/ou disponible pour pas trop cher.

Greenwashing : un joli tour de passe-passe
Actuellement, l’usine de Villeurbanne émet environ 15 000 tonnes de CO2 pour produire 300 tonnes de freins carbone par an. Cela représente 10% du scope 1 (les émissions direct de Gaz à Effet de Serre, GES) de tout Safran. En y ajoutant les émissions de Walton et Sendayan, on comprend vite que les freins carbone sont le premier contributeur de GES de Safran.
Dans ces conditions, comment atteindre l’engagement de Safran de réduction de 30% d’émission de GES d’ici 2025 ?
Comme dans les contrats d’assurance, il faut lire les petites lignes tout en bas pour comprendre ce qu’on signe vraiment.
L’engagement de Safran de réduction de 30% des GES d’ici 2025 ne concerne que les scopes 1 et 2.
Le scope 3 (l’utilisation de nos produits par nos clients et l’énergie consommée par nos fournisseurs) ne rentre pas dans le périmètre de cet engagement.

Ainsi, il suffit d’externaliser les activités les plus polluantes pour que les émissions de GES passent du scope 1 au scope 3 (hors de l’engagement de 2025).
S’agissant de nos freins carbone, la consommation de gaz a lieu principalement pendant la phase de densification. Une étape qui n’est pas stratégique pour SLS puisqu’elle a déjà été sous-traitée à Ariane groupe et Mersen dans un passé récent.

On peut donc s’attendre à une externalisation de cette activité de densification aux USA (gaz de schistes), en Norvège ou pourquoi pas au Qatar ce qui libèrerait de l’espace sur le site de Villeurbanne pour augmenter sa capacité de production.
Le gain serait alors double :

  • financier : le gaz, qui représente 30% du coût de production des freins carbone, serait acheté au plus près de son lieu de production,
  • « écologique » : 30% des émissions de Safran sortiraient du périmètre de son engagement pour 2025.